« 11 février 1847 » [source : Harvard], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1920, page consultée le 26 janvier 2026.
11 février [1847], jeudi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher amour, bonjour, mon pauvre embarrassé,
bonjour, mon trop loyal petit homme, bonjour, académicien, bonjour. Comment vas-tu
t’en tirer tantôt ? Il est probable que tu te laisseras attendrir par le souvenir
des
supplications du vieux Empis et que tu
voteras pour lui à fond perdu. Mais qu’est-ce que cela me
fait l’élection de tel ou tel Leclerc1, ou la
défection de tel ou tel Empis ? Absolument rien, si ce n’est que j’admire ta loyauté
envers tes amis et que j’aime cette générosité envers tes ennemis, voilà tout.
J’espère que tu viendras baigner tes yeux2 avant d’aller à
l’Académie et que je te verrai au moins ce temps-là. Je vais me dépêcher de faire
ton
eau pour que tu en aies de la nouvelle. Je suis on ne peut pas plus fâchée contre
ce
Dabat et ses bottes
vingt-cinq3. Elles sont
cause que tu es exposé tous les jours à t’enrhumer et à avoir mal à la gorge. À ta
place, je m’en serais fait faire une autre paire plutôt que de risquer ma santé à
tous
les instants ou de souffrir une torture atroce renouveléea de Moyen Âge. Aujourd’hui il y
aura de la neige partout ; il est impossible que tu sortes sans avoir les pieds
mouillés, à moins de te broyer les pieds. C’est amusant. Peut-être veux-tu que
j’écrive à Dabat de t’en faire tout de suite une autre paire ? Ne t’entête pas pour ces bottes neuves puisqu’elles te blessent
décidément. Peut-être que plus tard tu auras les pieds moins sensibles. Cher petit
Toto, je t’écris des choses peu amusantes, mais bien utiles et que tu devrais
accepter. Ce soir, je t’en parlerai encore. En attendant, je vais suivre chacun de
tes
pas par la pensée pour savoir si tu n’as pas froid, si tu ne toussesb pas et si tu n’as pas mal à la gorge.
Que ne puis-je te faire un chemin bien sec ou te donner des bottes meilleures. Je
ris
pour te plaire parce que je sais que tu prends toutes ces misères avec gaieté et
courage. Mais moi je ne suis pas aussi philosophe et il me faut beaucoup d’efforts
pour me résigner à te voir souffrir.
Je t’aime, mon Victor, tous les jours
davantage. Comment cela se fait-il ? Je n’en sais rien, mais cela est. Plus je te
regarde, et plus je te trouve jeune et charmant. Plus je te connais, et plus je te
trouve grand, et plus je t’admire, plus je t’aime et plus je veux t’aimer, et plus
je
t’adore.
Juliette.
1 Joseph Victor Leclerc (1789-1865), professeur de littérature latine à la Sorbonne, qui avait été élu à l’Académie des inscriptions et belles lettres en 1834, se présente à la même élection (premier tour, Empis : 15 voix, Leclerc : 14 voix, Émile Deschamps : 2 voix ; second tour : Empis : 18 voix, Leclerc : 14 voix, Émile Deschamps : 2 voix).
2 Juliette évoque dans de nombreuses lettres les problèmes ophtalmiques de Victor Hugo.
3 Les bottes ont une hauteur de tige de 25 cm.
a « renouvellée ».
b « tousse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
